Entre
Codename Cougar en 1989 et
Épouses et Concubines en 1991,
Zhang Yimou réalise un drame assez sombre se déroulant dans les années 20, répondant au nom de
Ju Dou, que Yang Jin-Shan, le propriétaire d'une fabrique à tissu s'est acheté, pour son usage personnel comme cela se pratiquait à l'époque, une jeune femme qui lui servira de concubine pour mettre au monde l'enfant qui tiendra ainsi la descendance de sa famille et ainsi perpétré la génération de nombreux commerçants de tissu de la région, mais le propriétaire n'est pas aussi doux qu'il n'y parait, en réalité, celui bat régulièrement cette dernière et va alors cherche aide auprès du fils adoptif de celui-ci pour trouver l'épaule sur qui s'appuyer, un homme attentionné, plein de bonnes intentions, mais encore soumis à l'autorité de son maitre, qu'il respecte malgré les conditions difficiles de travail.
Une fois de plus,
Zhang Yimou choisit
Gong Li pour interpréter le seul personnage féminin de l'histoire et ainsi confirme les talents de la jeune demoiselle en lui confiant un rôle loin d'être facile, un rôle mesuré au début et émancipé à la fin, un choix tout à fait judicieux pour celle qui fut capable de tenir la vedette de
Shanghai Triad à elle toute seule ou plus tard encore dans
La Cité interdite aux cotés de
Chow Yun fat.
C'est donc dans ce film d'une tonalité tragique, faisant penser à de la littérature d'antan ou mieux encore à une véritable pièce de théâtre de la dramaturgie chinoise,
Ju Dou est un film sombre par l'enjeu de ce dernier.
À l'époque de sa sortie,
Zhang Yimou avait réussit à nominer son film pour l'oscar du meilleur film étranger, pourtant celui-ci se retrouve aujourd'hui un peu trop vite oublié et surtout proposé dans des éditions plus que moyennes, laissant à désirer du coté du son, mais surtout du coté de l'image, en effet, l'édition testée comporte de nombreuses griffures à l'écran et gâche un peu le coté esthétique du film.
Car oui,
Zhang Yimou montrait déjà à cette époque un certain talent pour la mise en scène et l'esthétisme de ces oeuvres, des couleurs vivaces, une photographie soignée, prémices de sa touche personnelle future.
Ju dou n'est pas une simple histoire d'amour, mais une véritable satire de la société de l'époque, avec
Shanghai Triad,
Yimou s'attaquait au monde des années 50, avec
Ju Dou, il débutait son travail sur les années 20, proposant une oeuvre à la portée culturelle importante, montrant ainsi
Gong Li sous les traits de la femme typique de l'époque, une épouse soumise qui chercher néanmoins à braver les interdits de son époque.
Mais cette dimension sociale est surtout utilisée comme un moteur à l'histoire, pour pousser le côté mélodramatique du film, surtout lorsqu'il s'agit de la femme à la tête de celle-ci et en plus, lorsqu'il s'agit de
Gong Li.
C'est donc le tragique qui tient le rôle essentiel de l'oeuvre et qui permet à
Ju Dou de donner un cachet scénaristique, notamment avec la tragédie de la paternité et de l'amour entravant les lois et coutumes de l'époque.
Superbement filmé, Ju dou montre une mise en scène soignée, de grands angles et des cadrages rapprochés pour soutenir le drame, tout en usant de lents montages pour nous faire ressentir l'enfermement que vivent les protagonistes, un enfermement physique et spirituel, à la limite de l'étouffement, entre les banderoles de tissu et les continuels bruits des machines à tisser, c'est une sensation de confinement qui sera à l'origine de l'éclatement des désirs, de leurs rôles sociaux et tout simplement de leurs aspirations, pour nous transporter dans leur tristesse, leur combat et dans leur profond désir de chercher un bonheur lointain.
Au final, scénaristiquement convaincant, théâtralement interprété, esthétiquement soigné,
Ju Dou montre toutes les caractéristiques d'un bon film de
Zhang Yimou, cependant, on peut noter un infime manque de rythme et une certaine difficulté à accrocher pour les plus impulsifs qui ont du mal à rester concentrer sur un lent déroulement qui une fois mis en place, permet de se plonger dans un univers envoutant et de vivre à la place de ces personnages d'une autre époque, d'une autre culture et de conforter le choix de
Yimou dans l'actrice
Gong Li, capable de beaucoup de choses, malgré ce qu'on a pu dire plus tard à son sujet.