L’ile Nue

L'ile Nue Cover

Titre anglais : Naked Island
Titre original : Hadaka no shima
Réalisé par : Kaneto Shindo
Année : 1961
Pays : Japon
Durée : 1h34

Interprété par

Tonoyama Taiji
Horimoto Masanori
Otowa Nobuko
Tanaka Shinji

Compositeur : Kayashi Kikaru
Scénariste : Shindo Kaneto

Scénario : Un couple de paysans vit sur un bout de rocher hostile au large de la côte japonaise, et cultive ses terres infertiles en transportant dos nu des seaux d’eau provenant de l’autre rive. Le temps passe lentement jusqu’au jour où l’un de leurs 2 fils succombe à la maladie…

Critique

Entre, Les Enfants d’Hiroshima en 1952 et Mother en 1963, Kaneto Shindo, un cinéaste très peu connu en occident, réalise l’un de ses grands films, L’ile Nue, avant de réaliser le film qui lui a permis d’étendre sa reconnaissance sur le plan mondial, grâce à Onibaba.

Wild Side Vidéo nous offre donc une réédition de ce film en DVD, de cet ancien assistant de Kenji Mizoguchi, sur des films comme Les 47 Ronins, Flamme de mon Amour ou encore Pour l’amour de l’actrice Sumako, qui à également co-écrit pour les plus grands comme Mikio Naruse ou Yasuzo Masumura.

L'ile Nue image 1

Kaneto Shindo réalise ici une œuvre anti-commerciale avec un budget ridicule de trois millions de yens, sur le scénario d’un couple de paysans et de leurs deux enfants, de leur vie sur une île aride, en somme un script qui tient sur quelques pages.

Kaneto Shindo va alors filmer l’île de l’archipel de Setonakai, en débutant par un panoramique du relief cotier de l’île, avec au loin les minuscules silhouettes d’un paysan (Taiji Tonoyama) et de sa femme (Nobuko Otowa) actrice principale de la grande majorité de ses films, un peu à l’image de Tanaka Kinuyo pour Mizoguchi, qui navigue sur une modeste barque de bois.

Le ton est tout de suite donné, Shindo Kaneto ne fera pas de fioritures, il va simplement filmer la vie de ces personnes, cette existence simple, mais tellement riche de sentiments.

Entre le chargement des seaux remplis d’eaux et le déchargement de ces derniers, entre la préparation du repas par les jeunes enfants pour le retour de leurs parents et les cours de l’école sur la terre ferme, Shindo filme ce rituel existentiel de cette vie familiale qui se déroule dans le silence complet, rythmé par les vagues et le vent.

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Certes, L’ile Nue est un tableau contemplatif qui se présente comme une véritable curiosité cinématographique.

En effet, le réalisateur cherchera tout au long de son œuvre, à développer une histoire sans aucun dialogue, en s’inspirant des techniques du film muet en se concentrant sur la photographie, le cadrage et le montage, et en palliant à l’absence de dialogues, par le bruit ambiant, la nature, et surtout cette magnifique bande-son de Hikaru Hayashi, une composition originale, rythmant efficacement les subtiles variations des émotions humaines.

L’ile Nue marque surtout par sa forme, par sa photographie soignée à l’extrême, tout comme son film Onibaba qu’il réalisera quelques années plus tard.

Un choix de noir et blanc très contrasté qui renforce cette beauté visuelle à chaque plan.
Kaneto Shindo ne manque pas de piocher du côté du néo-réalisme par un point de vue quasi documentaire.

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Du côté des acteurs, c’est du grand jeu, entre Tonoyama qui incarne à merveille la souffrance et la redondance de ces gestes et Nobuko Otawa, qui suit le pas, mais sera rattrapé par ses sentiments.
La grande force du film, c’est le grand talent du réalisateur, qui parvient à rendre cette histoire élémentaire, passionnante et envoutante à sa mise en scène incroyable.
L’ile Nue est une beauté formelle, mais selon moi n’égale pas son film Onibaba, d’un genre différent à la beauté formelle également de qualité.

Shindo cherche une manière esthétique de faire transparaitre une critique de la modernité et une apologie des traditions, de la famille et de la fatalité des situations.

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En conclusion, L’ile nue marquera le spectateur par sa beauté formelle soignée et l’absence de dialogue qui en rebutera plus d’un.

Le final est riche en sentiments, en humanité, en réalisme primaire en évitant le sentimentalisme chagriné.
Bien évidemment, on préférera un film comme Onibaba, un film plus accessible, à la photographie proche de L’ile Nue, même si ce dernier donne un savant mélange de visuels poétiques universel.

Résumé
Date de la critique
Titre du film
L'ile Nue de Kaneto Shindo
Note
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